La guérison par la pensée [1]
(Causerie organisée à l’Hôpital Cayce,
le 1er février 1931)
Presque tous les mouvements religieux apparus ces dernières
années parlent de la guérison par la pensée
ou guérison mentale. N’imaginez pas qu’en
abordant ce sujet, j’essaie de fonder une secte ou de
m’attirer des disciples. Je cherche uniquement à
faire connaître le Grand Médecin, Celui qui guérissait
en étendant la main ou en prononçant une parole.[2]
Mon but est d’aider les gens à prendre conscience
de la guérison divine, qu’Il maîtrisait à
la perfection.
J’illustrerai par un exemple comment la guérison
se forme dans l’esprit d’une personne. Si quelqu’un
est atteint de malaria et qu’il a placé sa foi
en la quinine, aucune prière ne pourra le soulager. On
lui a appris, on lui a démontré, à son
entière satisfaction, que la quinine soignait cette maladie.
Il ignore l’action de la prière.
Il y a quelques années, on a découvert qu’une
plante poussant à l’état sauvage en maints
endroits combattait efficacement l’hypotension, ainsi
que d’autres troubles cardiaques. Quel est le lien avec
la guérison mentale ? Tout simplement ceci : il n’existe
qu’une seule force. Cette plante
est une représentation de l’amour de Dieu pour
Ses enfants. Elle fait partie de la Force unique, non seulement
en tant que belle fleur connue sous le nom de digitale[3],
mais aussi parce qu’elle contient un agent thérapeutique.
Certaines personnes qui se sont penchées sur la guérison
mentale affirment qu’en élevant notre niveau de
conscience, nous pouvons venir à bout de toute maladie.
À quoi sert donc la médecine ? Je vous citerai
un passage biblique. On amena à
Jésus un enfant possédé d’un esprit
impur. Jésus demanda au père du garçonnet
: « Depuis quand cela lui arrive-t-il ? » Le père
répondit : « Depuis son enfance ; et souvent l’esprit
l’a jeté dans le feu et dans l’eau pour le
faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à
notre secours, aie compassion de nous. » Jésus
lui dit : « Si tu peux… Tout est possible à
celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant
s’écria : « Je crois ! Viens au secours de
mon incrédulité ! » Jésus menaça
le démon, qui sortit du garçon, et celui-ci fut
guéri à l’heure même.[4]
En d’autres termes, tout est possible quand on a réellement
la foi. Les plantes, comme les choses matérielles, ne
servent qu’à nous aider dans notre incrédulité.
Vous vous demandez peut-être en quoi ce dont nous venons
de parler se rattache à l’œuvre que nous essayons
d’accomplir ici à l’hôpital. La foi,
l’attitude mentale ont-elles quelque chose à voir
avec les méthodes de soins que nous employons ? Si vous
visitez l’hôpital, vous y trouverez l’équipement
nécessaire pour administrer toutes sortes de traitements.
Ceux-ci ont été recommandés dans des lectures
afin d’aider les patients à atteindre le niveau
de conscience permettant une guérison de l’intérieur.
L’être humain a su tirer de la nature des substances
curatives, élaborer des remèdes et fabriquer des
appareils de diagnostics ou de soins. Cela ne diminue en rien
notre aptitude à percevoir la force divine qui nous anime.
En fait, cela ne montre-t-il pas que toute guérison est
UNE ? Voici la grande question à laquelle il nous appartient
de répondre.
Les lectures répètent que toute guérison
émane du divin en nous. Quel rapport existe-t-il donc
entre la pensée et la guérison ? Par l’entremise
d’un facteur externe ou d’un facteur interne, il
faut accéder au niveau de conscience où le divin
peut guérir. Nous devons comprendre
que la guérison vient de l’intérieur et
non de l’extérieur. Il en est de même en
ce qui concerne la parole de Dieu ou le royaume des cieux. Ils
ne sont pas de l’autre côté de la mer pour
que nous disions : « Qui ira les chercher jusque-là,
afin de nous les faire connaître ? » Car ils se
trouvent au-dedans de nous.[5]
Appareils, remèdes et traitements s’avéreraient
inutiles si nous étions capables de nous éveiller
suffisamment de l’intérieur. En effet, le Grand
Médecin Lui-même est toujours là, prêt
à nous donner ce qui constitue notre véritable
héritage, pour autant que nous soyons disposés
à recevoir celui-ci. Néanmoins, si nous sommes
portés sur les choses matérielles, si notre perception
du monde est étriquée ou si nous avons conditionné
notre subconscient au point de ne pouvoir transcender nos propres
limitations, alors il est nécessaire de recourir aux
méthodes de soins que Dieu a permis à l’être
humain de découvrir.
Il y a une quinzaine de jours, un homme me consulta sur ses
problèmes de santé. Sa lecture est très
à propos, comme l’indique le passage suivant :
« Les troubles qui affectent les organes sensoriels,
en particulier les yeux, ont pour origine la vie même
de l’entité, ses pensées et son comportement.
On pourrait en dire long sur ce qui aiderait la personne à
s’élever spirituellement et à saisir la
différence entre la pensée constructive et la
pensée destructive.
Afin de remédier à l’état pathologique,
il faut savoir que toute guérison, toute régénération
du corps, vient du divin en nous. […] Une telle prise
de conscience crée des forces constructrices qui subjuguent
la passivité jusque sur le plan physique. Dans le cas
présent, il serait opportun de faire appel à des
forces extérieures en appliquant certaines prescriptions.
Toute force, tout pouvoir, découle de la Source unique.
Même ce qui constitue l’énergie électrique
— énergie dont l’être humain se sert
pour améliorer la qualité de sa vie — vient
de Dieu. Si nous désirons nous éveiller intérieurement,
nous devons par conséquent utiliser les forces de la
nature nous permettant de discerner que la guérison a
Dieu pour auteur, et d’éliminer ce qui nous détourne
si facilement de cette perspective. Dieu n’est pas loin
de nous, pour que nous demandions : « Qui ira Le chercher
au-delà des mers ou dans le ciel, afin de nous montrer
qu’Il vit ? » Car Il réside en nous, dans
notre propre cœur, dans chaque atome de notre être.
Lorsque nous sommes persuadés de cela, nous savons qu’en
nous en remettant à Dieu, nous n’avons rien à
craindre. En effet, Il se charge de tout ce que nous Lui confions
et nous protège dans l’adversité. »
La lecture mentionnait ensuite un traitement.
Jusqu’ici, je n’ai été témoin
que d’une seule guérison instantanée. Il
y a environ douze ans, un jeune homme vint solliciter une lecture
pour son épouse, laquelle habitait dans le nord du pays.
Je suggérai que cette dame assistât à sa
lecture. « Bien, répliqua le mari, si vous estimez
cela préférable. Mais ma femme ne sera pas en
mesure d’entendre ce que vous direz. Elle est sourde.
Voilà justement son handicap. »
Quelques jours plus tard, tous deux se présentèrent
pour la lecture. Je m’aperçus que la jeune femme
pouvait lire sur les lèvres. Elle m’expliqua qu’elle
n’entendait plus depuis déjà trois ans.
La lecture révéla qu’il s’agissait
d’un cas de refoulement provoqué par les sarcasmes
de son mari à l’égard de ses facultés
psychiques. Quand je repris conscience, le mari, profondément
troublé, s’écria : « Dieu seul sait
combien ce que vous avez dit est exact. J’ignore de quelle
manière vous avez pu le déceler. » Il n’avait
prêté aucune attention à son épouse.
Soudain, celle-ci s’exclama au comble de l’agitation,
les yeux dilatés par la surprise : « Je n’ai
pas perdu un mot de la lecture ; mon ouïe est restaurée
! »
Le jeune homme conta leur histoire : « Nous nous sommes
mariés trois jours après avoir fait connaissance.
Chacun ignorait tout du milieu dont l’autre était
issu. Nous avons décidé de passer ensemble la
première journée, puis de rendre visite aux deux
familles. Au cours de l’après-midi, nous nous trouvions
dans notre chambre d’hôtel lorsque ma femme s’est
écriée : “ Écoute! L’oncle
Jean parle. ” Les phénomènes psychiques
m’étaient totalement étrangers. Abasourdi,
j’ai rétorqué : “ Qu’est-ce
qui t’arrive pour divaguer de la sorte ? ” Elle
n’a rien ajouté. Je me demandais qui j’avais
épousé là. Le soir nous avons bavardé
un moment. Comme j’allais éteindre la lumière,
elle s’est exclamée : “ Voici que l’oncle
Jean parle de nouveau ! ” Je l’ai tournée
en dérision et, le lendemain, elle n’entendait
plus. Elle est restée sourde jusqu’à aujourd’hui.
Je ne l’ai pas vraiment quittée, mais je n’ai
pu me résoudre à vivre avec elle. Il est clair
que je ne la comprenais point. D’après ce que vous
avez dit, elle possède une faculté pouvant paraître
insolite à beaucoup de gens. Maintenant que je sais ce
qu’il en est, il ne me viendra plus à l’idée
de la ridiculiser. » Depuis lors, cette femme entend très
bien.
Si nous méditons, prions et faisons des efforts assidus
pour croître spirituellement, notre pensée édifiera
en nous les éléments nécessaires à
la guérison et à la compréhension du lien
qui nous unit au Créateur. Mais si notre Dieu est la
gloire, la richesse ou le plaisir, ne nous attendons pas à
ce qu’il nous guérisse. De nombreuses personnes
opinent que pratiquement tout peut s’acheter ; néanmoins,
la santé est une chose fort difficile à obtenir
pour de l’argent. C’est en prenant conscience de
la divinité en nous que nous recevrons l’aide dont
nous avons besoin.
À l’âge de sept ans, mon fils aîné
eut un grave accident en jouant dans mon studio photographique
: de la poudre de magnésium servant au flash lui explosa
au visage. Ses yeux en furent sévèrement brûlés.
Les médecins pensaient qu’il resterait aveugle.
Ils préconisèrent même l’ablation
d’un œil afin de lui sauver la vie. En entendant
cela, l’enfant s’écria : « Je ne veux
pas qu’on m’opère. Mon papa, quand il est
endormi, est le meilleur docteur du monde. Il vous dira ce qu’il
faut faire. Et vous le ferez, n’est-ce pas ? »
Le médecin traitant suivit les recommandations de la
lecture ; et l’enfant fut guéri. Suis-je pour quelque
chose dans cette guérison ? Le praticien y est-il pour
quelque chose ? « Ce fut un miracle », affirmèrent
tous les médecins témoins de l’événement.
Les lectures précisent : « L’esprit est
la vie ; le mental est le bâtisseur ; le physique est
le résultat. »[6] La pensée
construit. C’est elle qui permet à l’esprit,
au divin en nous, d’agir et de produire la guérison.
Bien entendu, la pensée qui favorise la guérison
est celle qui cherche ardemment à se fondre dans la loi
de Dieu. Comme il est dit dans la Bible : « Vous connaîtrez
la vérité, et la vérité vous affranchira.
»[7]
[1] Le titre original
de la causerie, « Mind as Related to Healing », se
traduit littéralement par « Le rapport entre la pensée
et la guérison » ou « Le rapport entre l’esprit
et la guérison ».
Le terme anglais « mind » s’exprime souvent
par « pensée » ou « esprit » quand
il définit ce qui gère les processus mentaux. En
français, le mot « esprit » se réfère
au domaine mental ou au domaine spirituel, suivant le contexte.
[2] Cf. par exemple
Matthieu 8.3 ; Luc 7.7
[3] Digitale : Plante
herbacée vénéneuse, de la famille des scrofulariacées,
dont les fleurs ont la forme d’un doigt de gant. Des feuilles
de la digitale pourprée on extrait un principe actif, la
digitaline, qui constitue un poison violent. Utilisée pour
le traitement de certaines maladies du cœur, la digitaline
ne doit être prise que sur ordonnance médicale.
[4] Cf. Marc 9.14-29
; Mathieu 17.14-21
[5] Cf. Deutéronome
30.11-14
[6] De façon
équivalente : « L’esprit est la vie ; la pensée
est le constructeur ; le physique est le résultat. »
En anglais : « The spirit is life ; the mind is the builder
; the physical is the result. » [Lecture 349-4]
[7] Jean 8.32