La télépathie
(Causerie organisée à l’Hôpital Cayce,
le dimanche 15 février 1931)
Le sujet de cet après-midi est la télépathie
ou communication à distance par la pensée. Ce
phénomène relève essentiellement du subconscient.
Je vous rapporterai tout d’abord l’une de mes propres
expériences à cet égard. La raison pour
laquelle je décidai de ne jamais la renouveler vous indiquera
mon point de vue sur la manière dont nous pouvons utiliser
la télépathie et lire la pensée de quelqu’un
d’autre.
Il y a plusieurs années, je possédais un studio
photographique. J’y employais une jeune fille, musicienne
de profession, qui s’était mise à faire
de la photographie. Elle s’intéressait beaucoup
aux phénomènes paranormaux et nous en discutions
fréquemment ensemble. J’affirmai un jour que je
pouvais obliger n’importe qui à venir à
moi. Elle soutint que c’était impossible, ce à
quoi je répondis : « Je vous le démontrerai.
»
Je réfléchissais moi-même à la question
depuis déjà un certain temps, essayant de comprendre
la nature de cette grande force qu’est le subconscient.
Il me semblait que si l’on faisait abstraction de sa conscience
physique pour concentrer son esprit sur des images mentales
bien précises, on devait pouvoir se représenter
une personne en train d’accomplir quelque chose, et donc
l’amener par la pensée à réaliser
effectivement cette chose.
La jeune fille déclara : « Je vous crois volontiers
d’habitude ; mais ceci, je refuse de le croire. Vous devrez
m’en fournir la preuve.
— D’accord, répliquai-je. Nommez-moi deux
personnes que, selon vous, je ne peux influencer.
— Je sais par exemple que mon frère ne viendra
jamais ici ; monsieur B. non plus, car il vous déteste.
— Demain, avant midi, non seulement votre frère
se présentera ici, mais il me demandera de lui rendre
un service. Et, le jour suivant, monsieur B. viendra avant quatorze
heures.
— Je ne crois rien de tout cela », dit-elle en secouant
la tête.
Le lendemain matin, à dix heures, j’entrai dans
le studio et m’assis sur une chaise. « Allez-vous
essayer d’influencer mon frère par la pensée
? » s’enquit l’employée. Pendant plus
d’une demi-heure, je demeurai en méditation, songeant
uniquement à ce garçon. Sans doute m’étais-je
surestimé en prétendant qu’il solliciterait
mon concours, car sa sœur avait mentionné qu’il
ne s’intéressait absolument pas à ce que
je faisais.
Le studio se trouvait au premier étage d’un bâtiment.
On y accédait par un escalier extérieur. Un miroir
permettait d’observer ce qui se passait dans la rue. Soudain,
je vis le jeune homme s’avancer sur le trottoir et gravir
quelques marches. Il s’arrêta, hésitant,
puis redescendit et poursuivit son chemin. Au bout d’un
instant, il fit demi-tour. Cette fois, il monta l’escalier
jusqu’en haut et pénétra dans le studio.
Frappée de stupeur, sa sœur s’écria
: « Que viens-tu faire ici ? » L’air gêné,
il s’assit sur le bord de la table, tournant son chapeau
entre les doigts. Il répondit finalement : « Eh
bien, hier soir j’ai eu des difficultés au magasin
et tu m’as tellement parlé de monsieur Cayce que
j’ai pensé qu’il pourrait peut-être
m’aider. » Sa sœur faillit tomber à
la renverse.
Le jour suivant, à onze heures, je m’assis de
nouveau sur la même chaise. La jeune fille me dit : «
Je suppose que vous réussirez aussi avec monsieur B.,
puisque vous y êtes parvenu avec mon frère. »
Je lui expliquai que je ne tenais nullement à être
présent quand cet homme arriverait, car il n’avait
aucune considération pour moi. De toute façon,
il ne saurait pas ce qu’il faisait là. Plus tard,
l’employée me conta qu’il était passé
vers midi et demi, durant mon absence. Elle lui avait demandé
ce qu’il désirait. « Ma foi, rien. J’ignore
au juste pourquoi je suis monté jusqu’ici »,
avait-il répondu. Puis il était ressorti.
Ceci est bien de la télépathie, une expression
du pouvoir de la pensée, mais c’est aussi s’imposer
à quelqu’un. Il s’agit d’une pratique
dangereuse appartenant au domaine de la magie noire. Nous n’avons
pas le droit d’opérer de la sorte, sauf si nous
savons exactement ce que nous faisons. Il serait parfois souhaitable
de contrôler nos enfants de cette manière. Néanmoins,
même cela pourrait s’avérer nuisible. Les
lectures signalent que quiconque force autrui à se soumettre
à sa volonté se comporte en tyran. Dieu ne nous
contraint pas à accepter Ses desseins. Il respecte notre
libre arbitre.
Si la télépathie ne doit pas être employée
pour imposer notre volonté, quel rôle peut-elle
jouer dans notre vie ? Telle est la question.
Tout ce qui est bon devient néfaste en étant
appliqué à mauvais escient. Comment donc pouvons-nous
utiliser la télépathie de façon constructive
? Voici la meilleure formule que je connaisse : ne demandons
pas à autrui de faire ce que nous ne ferions pas nous-mêmes.
Gardons-nous-en bien ! Le Maître ne l’a jamais exigé.
Aujourd’hui, on entend beaucoup parler du pouvoir de
la pensée. Les publicités annoncent : «
Acquérez la puissance mentale qui vous permettra de contrôler
les autres. » Il est dangereux de chercher à contrôler
une personne dans le but de l’amener à faire notre
volonté. Cependant, si nous dirigeons notre pensée
vers cette personne pour qu’elle accomplisse la volonté
de Dieu ; si nous tentons de l’influencer mentalement,
tout comme nous le ferions en sa présence, afin qu’elle
connaisse la lumière et la vérité, alors
la situation est différente. Avez-vous déjà
prié pour quelqu’un ? Avez-vous déjà
supplié Dieu d’aider une personne à transformer
sa vie ? Voilà une bonne utilisation du pouvoir mental
! La force agissante doit être de nature divine.
Après cette première expérience ayant
eu lieu dans mon studio, il m’arriva encore d’essayer
de démontrer le pouvoir de la pensée. Toutefois,
en approfondissant le sujet, je pris la décision de ne
plus recommencer. Ceux d’entre vous qui désirent
contrôler autrui par la puissance de leur pensée
peuvent le faire. Mais attention ! L’élément
même que vous cherchez à contrôler dans l’autre
causera votre perte.
En Atlantide, les forces mentales étaient très
développées. De nombreuses personnes faisaient
se matérialiser des choses par la seule puissance de
leur pensée. Nous savons ce qu’il arriva aux Atlantes
quand ils employèrent cette force de manière égoïste.
Ils furent anéantis !
Le plus grand péché du monde actuel est l’égoïsme
et la tentative qui en résulte pour dominer la volonté
d’autrui. Nous voulons souvent dire aux autres comment
mener leur existence. Nous cherchons à leur imposer nos
opinions. Dans la plupart des couples, chaque conjoint tente
de dicter à l’autre la conduite à suivre.
Avons-nous pris conscience que nous sommes responsables de nous-mêmes
devant Dieu ? Nous ne pouvons répondre pour les autres
et ceux-ci ne peuvent répondre pour nous. Il incombe
donc à chacun de rectifier ses propres voies. Le chemin
qui mène à Dieu est droit et resserré.
Nous nous élevons en observant les lois divines, non
pas en essayant de contrôler nos semblables.
Le pouvoir de la pensée existe de nos jours, tout comme
il existait en Atlantide. Or l’utilisation de cette force
à des fins égoïstes engendre invariablement
le mal. Quel usage ferons-nous de notre pouvoir mental ? Il
est possible de le développer afin d’imposer notre
volonté à autrui ; mais c’est là
un droit que nous n’avons point. Par contre, nous pouvons
communiquer aux gens notre expérience, puis les laisser
libres de leurs choix.
Si nous employons le pouvoir de notre pensée pour être
des instruments de Dieu et des Forces Créatrices, alors
nous utilisons noblement ce pouvoir. Toutefois, si nous l’employons
pour servir nos intérêts personnels, nous deviendrons
semblables au fils de perdition, et cela nous détruira.